
ARTEMIS II : UN PROJET LUNAIRE
On nous l’avait promis, ils l’ont fait. Quatre bipèdes hautement entraînés ont été propulsés dans le vide pour aller vérifier si, par hasard, la Lune n'aurait pas changé de place depuis 1972. Spoiler alert : elle est toujours là. Et elle est toujours aussi grise, poussiéreuse et désolée.
Le Grand Tour avec vue
Certes, on ne s’est pas posé. On a « frôlé » notre satellite. C’est le triomphe du tourisme spatial sous couvert de mission scientifique : on va voir de très près ce qu’on ne peut pas toucher. C'est qu’il faut ménager les apparences : on y va prudemment. Les journaux de bord des missions Apollo ne nous permettent pas d'y retourner du jour au lendemain. Il faut de nouvelles combinaisons, de nouveaux atterrisseurs... mais rien n'est prêt.
Une aberration thermodynamique ?
Pendant que sur Terre, on se demande si l'on pourra encore se payer une omelette à l'horizon 2030, la NASA a dépensé quelques milliards de dollars pour envoyer quatre personnes admirer un lever de Terre. C’est magnifique, surtout quand on réalise que c’est le seul endroit du système solaire où l’on peut trouver une bière fraîche et une connexion Wi-Fi stable. L'affiche du film est impeccable : toute la communication et les visuels sont dignes d'une production Disney.
L’aventure est admirable, certes. Mais d'un point de vue thermodynamique, c'est un peu comme brûler une forêt entière pour griller une seule guimauve. C'est l'art de la dépense à des fins de propagande : plus c'est inutile physiquement, plus c'est indispensable symboliquement.
The show must go on
Malheureusement, cette fois, Thomas Pesquet n’était pas du voyage. Mais l’essentiel est là : le retour des héros s’est fait dans un amerrissage parfait, sous les applaudissements d’un monde qui, pendant dix jours, a oublié que le prix du gaz et du carburant augmentait.
C’est là toute la magie de la « société du spectacle » : tant que l’on regarde vers le haut, on ne remarque pas que nos pieds s’enfoncent dans la vase. Artemis II est un succès total, certes : on a prouvé que l'humain pouvait survivre à l'apesanteur, à la nourriture en tube et à la cohabitation avec trois collègues dans l'espace d'une cabine téléphonique. Mais à quel prix ?
Et maintenant ?
La suite ? Artemis III. On ira marcher dessus. Après Objectif Lune, on ira vraiment marcher sur la Lune. Pour quoi faire ? Pour chercher de l'hélium 3 afin d'alimenter nos futurs grille-pains à fusion ? Pour y entasser nos déchets nucléaires ? Ou juste pour le plaisir de laisser une nouvelle trace de semelle en polymère sur notre astre bien-aimé ?
Vous avez dit « projet lunaire » ? Non... ce serait être mauvaise langue. Les esprits aigris et trop rationnels qui crachent leur venin sur tout ne vont décidément pas dans le sens de l'Histoire.